Huang / Yong / Ping / Amoy / Xiamen

Vue de l'exposition Huang Yong ping, Amoy/Xiamen, courtesy de l'artiste et de Kamel Mennour, Paris, Photo blaise Adilon, ADAGP, Paris 2013.

Vue de l’exposition Huang Yong ping, Amoy/Xiamen, Intestins de Buddha, 2006, collection du Centre Pompidou. Courtesy de l’artiste et de Kamel Mennour, Paris, Photo blaise Adilon, ADAGP, Paris 2013.

Dans cette salle immense, les statues antiques de Fujian sont là.  Copies de celles exposées au musée des confluences , elles sont traitées par l’artiste Huang Yong Ping comme les témoins d’un temps qui recycle tout. L’ancien est un médium nouveau, celui d’un graffiti qui appose et impose la vertu de l’intemporel et du contemporain aux pièces figées des siècles passés. Il ne faut rien perdre, notre époque fabrique le présent et l’avenir sur les ruines de l’histoire, sans que le feu salvateur et révolutionnaire n’ait permis une virginité nouvelle où implanter la création. C’est ce que le titre de l’exposition pointe du doigt. Amoy/Xiamen, l’ancien et le nouveau nom d’une ville portuaire, un second baptême pour une cité qui ne change en rien. Passé, présent, art antique, art actuel. Des notions que seule une virgule protège du choc. Ainsi à la recherche de l’exotisme, on globalise les racines, comme un hommage à la pluralité. Mais le terme hommage n’est là que pour faire oublier qu’il est question de profanation.

Vue de l'exposition Huang Yong Ping, Cinquante bras de Bouddha, 1997-2013, Courtesy de l'artiste et de Kamel Mennour, Photo Blaise Adilon, ADAGP, Paris 2013.

Vue de l’exposition Huang Yong Ping, Cinquante bras de Bouddha, 1997-2013, Courtesy de l’artiste et de Kamel Mennour, Photo Blaise Adilon, ADAGP, Paris 2013.

Pourtant la culture qui nous appartient devrait rester celle qui nous parait la plus exotique car elle caresse l’orgueil d’un immense voyage dans nos origines propres. Ainsi l’artiste natif de la même province que ces sculptures, les connaissait in situ, là où elles prenaient et donnaient sens. Maintenant travaillées à des milliers de kilomètres de leurs sanctuaires, ces oeuvres sont autant Françaises qu’elles ont été un jour chinoises, semblant implorer vengeance pour cette homogénéisation barbare. Les pièces de l’artiste sont monumentales, impressionnantes, parfois un peu trop lisibles, manquant d’une certaine subtilité. Comme ce Bouddha aux viscères offertes en pâture à des vautours. D’autres ouvrent un champ de réflexion sublime, tel cet amoncellement de mains graciles, les cinquante bras de Bouddha. Ces membres semblent nous renvoyer à une Shiva Moderne, comme celle de Rudolf Stingel, d’un vert semblable à celui d’un soldat en plastique et portant, pareils à des parures divines, de vulgaires outils ménagers.

Rudolf Stingel, untitled, 1994, 47 x 54,6 x 22,8 cm, Vente Christie's 14 Mai 2008.

Rudolf Stingel, untitled, 1994, 47 x 54,6 x 22,8 cm, Vente Christie’s 14 Mai 2008.

Le point fort de cette exposition : une œuvre photographique représentant les toiles brûlées du mouvement Xiamen Dada (dont l’artiste est fondateur). Ce témoignage est une cicatrice rappelant que cette réflexion a un pendant réel, une autodestruction venant contester l’arrachement d’une œuvre à son temps et son milieu. Une exposition salvatrice, parfois ludique, mais qui reste cinglante, suffisamment pour que le recul s’opère…

Scène d'un burning event réalisée par le XIAMEN DADA GROUP, 1986, destruction de travaux artistiques devant le Xiamen Art Museum.

Scène d’un burning event réalisée par le XIAMEN DADA GROUP, 1986, destruction de travaux artistiques devant le Xiamen Art Museum.

Exposition Huang Yong Ping, Amoy/ Xiamen, MAC/LYON jusqu’au 14 Avril 2013.

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